REFU(S)GE Lecture aux Métallos le 25 mai à 17h30

 et à Radio Libertaire le 28 mai à 13h30

Une pièce sur l’accueil réservé aux nouveaux arrivants.

Sous forme de scénario, des séquences rythmées transposent l’actualité politique à l’égard des migrants. Safia, une journaliste brillante, décide d’agir en faveur des « sans papiers » en désobéissant aux règles d’État pour suivre une loi plus impérieuse à son sens, celle de son propre humanisme, de sa responsabilité individuelle.

Contact:laboiteblanche@yahoo.fr

ofra

Il s‘avère que ce texte, publié en 2013 et pensé initialement pour les élections 2017 dans un esprit d’anticipation, s‘avère rattrapé par l’actualité de façon plus que troublante.

Autour du projet :  Françoise Cousin, Michel Cochet, Frédéric Fisbach, Amine Adjina, Philippe Lemoine, Pénélope Perdereau, Adeline Piketty, Xavier Béja, Moustapha Mboup, Elios Noel, Marie Coustaury, Jean-Baptiste Bequin, Clothilde Moynot, Nicolas Lambert,  Maëlle Bertrand, Fred Fashena et Dieudonné Niangouna.

REFU(S)GE est le prochain projet de la Cie La Boite Blanche, soutenu par « A mots découverts » et déjà mis en chantier de co-création avec les amateurs du Collectif 12 depuis septembre 2015.

Nous avons débuté la forme « lecture » cet automne avec des comédiens professionnels à la SACD, au Collectif 12 (Fabrique du Possible) Au Lavoir Moderne, à Radio Campus « Pièces détachées » (28 mars) et aux Métallos le 25 mai 2016.
  • Intégrale du texte paru aux éditions Xérographes (épuisé) à télécharger ici : REFUSGE- 16
  • Captation de la lecture publique de REFU(S)GE aux Métallos le 25 mai

 – La brigade d’auteures : un collectif au service des nouveaux arrivants

 

 

Monsieur Cloche > 29 et 30 mars

Festival Les Francos au Collectif 12

3u

Réservations :  +33 1 30 33 22 65  contact@collectif12.org

ou Diffusion compagnie: Gabriel 06 38 66 46 78

Monsieur Cloche – Feuille de Route

Séances : Mercredi 30 mars à 15h
Mardi 29 mars à 10h et 14h pour les scolaires.

Tarif : 3 et 6 euros / Durée : 55 minutes / Dès 5 ans.

Acces / 174 Boulevard du Maréchal Juin, 78200 Mantes-la-Jolie

Dossier artistique à télécharger : M.CLOCHE

Revue de presse Monsieur Cloche

Monsieur Cloche, est le dernier spectacle de La Cie Boîte Blanche.Il a été crée et programmé du 3 au 15  février 2015 au Théâtre Antoine Vitez à Ivry.

Dans cette pièce, à la façon du Petit Prince de Saint-Exupéry, une femme rencontre un être à part, jusqu’alors invisible. Leur dialogue nous invite à la découverte de son monde, celui de la rue, entre bascule mentale et onirisme.

 

La Fabrique du possible au Collectif 12

le 9 décembre à 19h

Lecture accélérée, improvisations et débats autour de REFU(S)GE

texte de la pièce => REFUSGE-janvier 16

La Fabrique du possible est une soirée participative, ouverte au plus grand nombre, conçue en collaboration avec une compagnie en résidence au Collectif 12.

Cette dernière Fabrique du Possible de l’année commencera par une présentation du travail qu’ont mené les comédiens de l’atelier amateur du collectif 12 avec l’auteure et metteure en scène Marina Damestoy, à partir de son nouveau projet théâtral : refu(s)ge

Elle se poursuivra par un dialogue avec Deo Mamunjimbo, journaliste et réfugié politique, actuellement rédacteur en chef de Singa, association qui a pour vocation d’accompagner les réfugiés dans leur intégration socio-économique en apportant des solutions innovantes et en favorisant les échanges et la coopération avec la société d’accueil.

Singa est notamment à l’origine du projet CALM (« Comme à la maison »), un réseau d’hébergement de réfugiés chez l’habitant surnommé par la presse d’« Airbnb » des réfugiés, développé grâce à un financement participatif CALM compte plus de 12 000 propositions d’hébergement en France deux mois après son lancement

Afin de faire de cette soirée un événement convivial, sur le principe de l’auberge espagnole, nous partagerons ce que chacun aura apporté en nourriture et/ou en boisson.

 

FABRIQUE DU POSSIBLE MARINA - Affiche A3-3

MAYDAY

(…)
– Médée. Je suis intarissable, flot utérin de l’univers, je porte notre monde… la chair du futur, c’est moi. J’enfante la vengeance par milliers et si tu m’as déçu, tu ne me muselleras pas… Pas assommable la Médée, pas de morts suffisantes, pas d’enfants qui comptent, pas d’amour pour les traîtres, plus d’amour par vos fautes.
La Médée est aujourd’hui le ventre d’un tout autre pouvoir.

– Pythie. Et si elle parle depuis cinquante ans au lieu de mourir… à la barre un peu de compassion au mieux… de la condescendance/cache sexe/indifférence, tu me gênes ! Kas ! Kas ! Kas !

– Enfants-cœur. Je ne trouve pas la parole, j’agis. Je sors dans la rue vêtu de dynamite. Maman, je ne comprends pas, tu dis barrer irrémédiablement l’injustice en commentant l’irréparable. Maman, tu te dévores toi-même en égorgeant ta chair ?

– Pythie. Tes enfants sont d’autres « Jasons ». Tes enfants sont des barbares aux yeux des femmes, pousses de ta perversion, ils sont tes outils politiques, cherchant leur placement au Palais. Question de stratégie, question de rapidité.
Contre-ordre.
Tes enfants sont autres, Jason. Tes enfants sont des barbares aux yeux de femmes. Pousses de sa perversion, elle cassera le palais par leurs êtres. Le destin se scelle pour le pire et le pire continu à advenir.

Médée, ma mère Machrek, l’Orient, le sang-fouet, baisée Médée.

Créon-holding-USA qui ont le droit pour eux, alors, tu prends les devant, ils n’ont pas de remords. Regardes-moi Jason le démocrate, Jason l’opportuniste, qu’inventes-tu qui ne soit déjà fait ? Et nous, acculé à cette logique, soumis à ce vocabulaire qui n’est pas le notre, notre imagination serait telle que nous y puiserions une issue autre que l’abîme ?

– Médée. Rien ne pourrait hurler assez fort ton crime Jason, politique que tu es… Et bien sûr ta civilisation cautionne. Ne dois-je pas la jeter au feu ? – Figure du juste – Contrainte par l’urgence, faillite par le deuil. Mon époux en épouse une autre… et pourquoi ? L’aime-t-il ? M’a-t-il aimé ? Aime-t-il a ce point servir ses intérêts ? Je reprends là le pourvoir et c’est à coup de bouts de rien que je te t’empêcherait à jamais d’être heureux.
Chair de ta chair en pierres lancées à toi, ensanglantées.

S’en remettre au soleil .

– Enfants-cœur.

– Médée. Fille de roi. Vous négligez ma fierté. Ma Colchide des hommes salops.
Si j’avais une terre, elle s’appelle Palestine. Palestine la barbare qu’on enseveli jamais, à moins, …oui ! …
À moins d’un génocide, d’une solution finale pour mettre un terme au chaos.
Répétez ! Répétez ! Répétez !…
Dieu m’aidera à prendre en vol la queue du dragon. Vous savez qui est mon Dieu ?

Extrait de MAY DAY in AMO aux éditions Xérographes /

FAIRE CORPS sur REMUE.NET

« Pionniers de la douceur, nous chercherons à notre échelle la possibilité de faire corps » Marina Damestoy est en résidence au Théâtre d’Ivry-sur-Seine, elle y entreprend/écrit/part-age un projet intitulé « Faire corps », qu’elle définit comme une  » sculpture sociale progressive. » Entretien par Guénaël Boutouillet sur http://remue.net/spip.php?article7846

Trois questions à Marina Damestoy

En quoi consiste votre résidence d’écriture intitulée « Faire corps » ?À l’origine, il y a une première expérience : celle de jouer dans l’espace public mon texte d’À la rue, O-Bloque, l’histoire d’une jeune femme qui devient SDF. En promenant ce personnage durant un an et demi dans les rues, nous allions à la rencontre du public le plus large, de façon discrète et non théâtrale. Une forme de « théâtre invisible » qui se laisse traverser par les passants. Ils en deviennent acteurs à parts entière en rajoutant du réel dans l’histoire du personnage. J’appelle ça la version « tout terrain » d’A la rue, O Bloque. Nous avons eu ma comédienne et moi, la surprise de glaner de nombreux récits en réaction à la vie précaire du personnage. La parole était incroyablement libérée, il y avait une volonté de la part des habitants de se saisir de cette opportunité. Nous avons compris que nous étions en train d’opérer une véritable collecte et que le sentiment de précarité touchait en réalité le plus grand nombre. Chacun a une expérience à apporter, une confidence à partager, un témoignage, une réflexion de fond, une sensation profonde à l’égard de ce sentiment de précarité et étonnamment, souhaite en parler, en débattre.
À partir de ce travail de terrain, j’ai voulu prolonger ces échanges sans dispositif théâtral ; seule en tant qu’auteure, à la rencontre des autres. Grâce au programme régional des résidences d’écrivains en Ile-de-France, j’ai pu transformer le territoire d’Ivry en laboratoire d’écriture. Métamorphosée en auteure « électron libre », avec pour seuls cadres les limites d’une ville et l’intuition que la question de la précarité est une clef si l’on cherche ce qui nous fait tenir ensemble… je suis à même de faire écho aux rencontres. Et la somme des témoignages ainsi collectés librement durant presque une année nous amènera à FAIRE CORPS, au pied de la lettre.
FAIRE CORPS est un processus de travail qui s’opère en plusieurs étapes :
Glaner des témoignages sur la notion de précarité auprès des habitants de la ville d’Ivry.
Restituer cette parole aux participants afin qu’ils puissent la reprendre par écrit.
Solitairement, mener une réflexion qui me permette d’aboutir à une synthèse de la somme collectée.
Réunir les participants pour provoquer un groupe et élaborer ensemble une action concrète collective à partir de ce qui aura été restitué puis échangé.
Inventer un outil témoin : livre, journal, œuvre scénique.
Si on me demandait d’envisager la nature artistique du projet FAIRE CORPS, je le qualifierais de sculpture sociale progressive.

Un projet d’immersion urbaine de cette sorte dépend aussi de ce qu’on trouve sur le chemin – comment les choses se déroulent-elles, se sont-elles déroulées, depuis le lancement de la résidence proprement dite ?

Les habitants sont la matière première de FAIRE CORPS, ma base d’observation de la société française selon deux prismes : un territoire, celui d’une ville humaniste et dynamique et la question de la précarité dans sa plus large occurrence : psychologique, matérielle, physique, affective, sociale, etc.
Je rentre en dialogue avec les habitants d’Ivry là où ils se trouvent. Je prends soins de glaner la parole de personnalités aux profils variés : enfants, adultes, retraités, actifs ou non, d’ici, de passage, immigrés, en règle ou pas. Je provoque une grande diversité de situations pour procéder à la collecte. Je cherche des rencontres immédiates et aléatoires dans toutes sortes d’endroits : lieux privés, squats, associations, commerces, transports en commun, centres municipaux, espaces publics, etc. Je prends également des rendez-vous, favorise les rencontres par capillarité et suis sensible au bouche à oreille.
Les entretiens sont principalement captés avec un enregistreur numérique. Ils durent en moyenne une heure et demie. Chaque participant reçoit d’une façon ou d’une autre la retranscription littéraire de son texte afin de pouvoir l’amender et garder une première trace de ce moment partagé. À ce stade, certains sont bouleversés de lire ce qui leur est tendu et s’autorisent aujourd’hui à prendre la plume pour continuer le récit de leurs vies. Ce mouvement de « navette » entre l’interviewé et moi, nous permet d’aboutir à une réécriture commune et à ancrer le fait que cette étape participe à un processus littéraire plus large, à l’échelle de la ville.
Je travaille ensuite sur ces textes dans une solitude nécessaire à la qualité littéraire et à l’émergence d’une trame à exhumer de la somme. En tant qu’artiste, je cherche à travers la diversité de ces témoignages, un fil conducteur, qui permette d’imaginer un outil, une piste pour opérer une rupture avec une situation que j’estime délétère. J’observe ce qui se dessine à travers ces textes, le partage d’un sentiment prégnant en lien à la précarité, afin de mettre en valeur nos points communs, ce qui nous rassemble dans nos individualités et nos expériences bien distinctes.
Le pari littéraire est de faire émerger, à partir de cette expérience de terrain, une forme de Parlement populaire où l’on traite les doléances, certes, où l’on parle de nos peurs, notre détresse, nos espoirs, mais pour en faire un moment de partage et de co-création de communauté de pensée en vue d’imaginer ou de renouveler les champs de l’action collective.
Il y aura donc également un temps consacré à la restitution de cette recherche afin de débattre avec les interviewés et leurs cercles dans des lieux autres que ceux qui sont habituellement destinés à la culture : maison de retraite, foyer, locaux associatifs, lCE, squats, réunion en appartement, etc. Il y aura aussi la volonté de provoquer une communauté du fait même de notre réunion. De mettre en évidence que notre groupe est à même d’imaginer sur place une geste collectif, une action « directe » à provoquer de concert, à l’issue de notre rencontre.
Enfin, en partant de cette base de données collectives sur le thème de la précarité, ses problématiques et ses effets critiques, j’imagine plus loin un journal-outil et/ou une conception scénique, porteurs de connaissances, qui exposent la parole singulière et y indiquent la possibilité du collectif. Cet outil-témoin fera échos à l’expérience vécue tout au long du processus FAIRE CORPS.

En quoi un projet de cette sorte, aussi ardu, couteux, engageant puisse-t-il être, vous apporte-t-il en tant qu’artiste ? Par exemple ?

J’évoquais plus haut la notion de sculpture sociale… je pourrais aussi remettre en jeu le terme d’Artivisme que j’ai développé en 2007 à l’occasion d’une invitation au débat Modernité ON/OFF au Théâtre du Rond-Point. En réalité, cette expérience me permet de tenter une synthèse du travail effectué ces dix dernières années, aussi bien en tant qu’initiatrice des mouvements sociaux Génération précaire (droits des stagiaires) Jeudi noir (droit au logement) et j’en passe… que comme auteure et metteuse en scène d’A la rue, O-Bloque en version « tout terrain ». FAIRE CORPS est aux croisements de cela… un champ par ailleurs complètement impensé en matière d’histoire de l’art contemporain, me semble-t-il.

De surcroit, en m’extirpant du temps dévorant de la pure militance ou de la production d’un spectacle, FAIRE CORPS me permet de mener une réflexion singulière et intime à mon rythme. En partant de la rencontre mutuelle et du partage du geste littéraire avec des personnes qui en sont souvent écartées, je désire prendre le temps. Le temps de mettre l’artistique et la militance au service de la rencontre et des idées. Le temps de réfléchir à la possibilité d’une démocratie participative, tant appelée de nos vœux, redonnant l’envie et le plaisir d’être ensemble pour penser et construire des perspectives concrètes.
Pionniers de la douceur, nous chercherons à notre échelle la possibilité de faire corps et de révéler une communauté déjà présente (c’est une intuition) mais qui s’ignore encore… Retrouver la dignité, la fierté d’être entendu et la volonté d’agir, ce sont là les leviers d’actions que s’accapare le populisme. Se réapproprier cela, c’est dégager la capacité positive de se ressaisir de l’esprit collectif et rassembler nos vies pour “reprendre la main”… ce que l’on expérimentera, je l’espère, au terme du processus FAIRE CORPS.

Marina Damestoy

Site web de l’auteur : http://marinadamestoy.com

Lien video pour A la rue, O Bloque :
https://vimeo.com/user11540808/videos

A la rue, O Bloque a paru dans A.M.O aux Xérographes éditions : http://xerographes.free.fr/librairie.php

Lecture accélérée de REFUS(GE) au Bateau Lavoir le 20/10

Avis !
REFUS(GE)  c’est mardi à 19h au Bateau Lavoir !

 20minutes pour 98 pages / avec 2 comédiens pour 28 personnages. Avec Claire Ruppli et Benoît Rivillon, dans le cadre de TRANSHUMANCE, une programmation de 5 jours des Editions des Cahiers de l’égaré provoquée par Jean-Claude Grosse et les AET Médterannée.

Entrée libre.

Texte intégral de la pièce en PDF à télécharger plus bas
Capture d’écran 2015-10-18 à 12.51.19

REFU(S)GE 2 extraits

Lire l’intégral de la pièce => REFUSGE-janvier 16

///////////// Réunion de travail

(…)
Narratrice – Session de travail au château de Rambouillet.

Guillaume – Voici l’ordre du jour, avec son lot de nouvelles déplaisantes. Nous redoutons une crise imminente sur deux fronts, rien que ça… Suite au tremblement de terre qui a provoqué la destruction des bidonvilles et enclenché des émeutes, les campements humanitaires sont saturés. Les populations sont donc en train de traverser la Méditerranée par tous les moyens. Nous avons trois rapports de l’ONU nous interpellant sur notre politique d’accueil. Selon eux, il nous faudrait organiser la réception d’un quart des deux millions de réfugiés climatiques sur les cinq mois à venir. Suite à votre conversation de lundi, le secrétaire général de l’ONU, a tenté de nouveau de vous joindre ce matin. À l’intérieur, on a un souci du côté du patronat.
(…)
///////////// Scène du restaurant
Narratrice – François Huysmans, secrétaire général de l’ONU est au restaurant avec le président.

Président – Mon cher ami, ça me fait tellement plaisir de te retrouver ici! Voilà un moment que nous n’avons goûté la joie d’être tous les deux tranquilles.

François – Hé ! Hé ! Je ne te le fais pas dire mon vieux !

Président – Quarante ans ! Quarante ans depuis le collège.

François – Dès le début, les « twins-eyes », un seul regard voyait pour deux. C’est ça qui nous fait vibrer, non ?

Président – C’est vrai, malgré – grâce même – à la polémique, nous avancions toujours d’un seul pas, de l’internat jusqu’à la politique, moi à la tête d’une nation et toi à la tête des Nations unies. De quoi être fiers. Mais que t’arrive-t-il ?

François – Ton conseiller favori est boiteux. Président – Une entorse ?

Président – Une entorse ?

François – Oui ! Et je commence à l’aimer, car elle me fait ravaler mon orgueil. Elle me rappelle chaque jour que pour marcher, l’impotent que je suis a besoin de soutien.

Président – Pas besoin d’entorse pour cela. Regarde comment je suis depuis toujours tes précieux conseils… Que serai-je devenu sans ton soutien ?

François – Tu ne serais pas à la tête de ce pays.

Rires

Président – Rassure-moi, tu ne vas pas gâcher ce repas en m’en remettant une couche sur les réfugiés ? Une autre bouteille de Dom Pérignon, s’il vous plait.

François – Non, non. C’est un peu plus global que ça. Tu réalises que tu traverses un moment critique.

Président – Comment cela ? Tu me fais peur là.

François – écoute-moi. En choisissant de tenir à l’écart les migrants, tu as juste affirmé la volonté de tes citoyens de ne pas rajouter le poids des pauvres venus d’ailleurs sur la société d’ici. Et c’est bien normal. Mais nous sommes face à un problème sans précédent et il est exponentiel. Il faut repenser toute ta politique.

Président – Tu plaisantes ?

François – Non ! ça fait une semaine que je tente de te le dire. Et j’ai une solution toute simple pour bouger les lignes et les faire comprendre à la population.

Président – Mais je tiens à ma politique. Si le pays expulse, c’est aussi pour mieux protéger les ressortissants venus de l’étranger. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés lorsque nous voyons des mineurs contraints de se prostituer, lorsque des enfants sont obligés de voler dans les rues, des bébés utilisés comme prétexte à la mendicité… C’est un grave problème, d’un point de vue humain bien sûr, mais aussi d’ordre public.

François – Je sais, je sais. Mais là n’est plus le problème, parce qu’il y a tous les autres. Mon ami, veux-tu que je te dise ce que je vois ? En militarisant les frontières et en persistant à laisser le pays sous cloche, tu suscites la grogne à l’international. Le Comité pour l’élimination des discriminations raciales est très virulent à l’égard de Paris. Tu as déjà trois rapports de l’ONU sur le dos où l’on te reproche de te soustraire à tes obligations conventionnelles à l’échelle européenne.

Président – J’emmerde l’ONU.

François – Je t’en prie, il faut que tu m’entendes. L’ONU ne fait que proclamer ce que trop de pays n’ont plus le courage ou l’obstination de te répéter. Sur le plan international, tu ne vas pas pouvoir tenir. Le thème de l’immigration, s’il était encore porteur avant la catastrophe en Méditerranée, devient très délicat à manier aujourd’hui. À l’échelle européenne, malgré la bonne progression des partis de droite, chaque nation prend en charge sa part de réfugiés. Il n’y a que toi qui bloques et ce n’est pas tenable pour les autres. Il y a un risque de polarisation politique, économique et idéologique à l’égard du pays et ce risque est imminent, crois-moi. Tout cela va rapidement isoler la France et tu ne peux pas te permettre ce luxe.

Président – Tu penses bien que je ne peux pas ajouter ces réfugiés aux « sans-papiers » déjà présents. Je ne prendrai pas le risque de solder notre identité nationale, on ne me le pardonnerait pas.

François – Mais ça ne tient plus ça ! Face aux deux millions de personnes qu’il faudra bien que tu accueilles ! C’est dans la question du « Comment s’organiser à temps » que se situe le vrai enjeu. S’il te plaît. Il existe une parade toute simple que les gens peuvent entendre. écoute l’idée : Safia nous a provoqués, mais elle a eu le mérite de susciter un débat public sur l’immigration et l’ouverture aux autres en amont des grands bouleversements climatiques pronostiqués. À partir de ça, tu peux rebondir – laisse-moi parler – et comme la crise migratoire est commune à chaque pays européen, il y a une leçon à tirer de ces dernières semaines. Au lieu de résister, tu incorpores le discours de Safia. Plus d’affrontement, tu comprends ?

Président – Non !

François – Tu la prends à tes côtés. Toi, le défenseur de la raison d’état, tu choisis de renouer avec la protection de la dignité humaine.

Président – Ta proposition est inadmissible. N’importe lequel de mes citoyens perçoit au fond de lui l’immigration comme une menace pour son bien-être.

François – N’essaye pas de me faire croire que tu ne sais pas passer au-dessus de l’opinion publique. Et puis les sondages sont moins nets ces derniers temps.

Silence

François – Cette fille et toi, vous vous êtes engouffrés dans une confrontation insensée qui oppose la raison d’état aux pulsions de la conscience privée. Bon Dieu, vous avez raison tous les deux ! Au lieu de vous détruire en entrainant fatalement tout avec vous, unissez-vous ! Voilà une belle sortie de crise !

Président – Mais enfin, j’incarne celui qui montre les dents face à l’immigration. Comment peux tu cr…

François – Mais je sais bien, crois-moi. Tout ce que je te dis va dans le sens de tes intérêts. Désormais c’est à toi d’agir. Je ne peux plus rien pour toi – ça ne passe plus – ni à l’ONU, ni avec les chefs d’état. Rien ne t’est favorable.

Président – Je m’en fous. Comment peux-tu me donner des conseils aussi stupides ?

François – Regarde les remous à l’intérieur. L’armée a bouclé les frontières, mais des extrémistes pénètrent dans les camps italiens et espagnols pour malmener ceux qui ont déjà tout perdu. Tu réprimes durement les manifestations et ça réveille l’activisme et la colère. Ne sois pas si opiniâtre, il est encore temps de réparer le mal.

Président – Réparer le mal ! Qu’est-ce que tu peux débiter comme conneries.

François – Mon ami serait donc le président qui aura inculqué à ses concitoyens la dérision de la fraternité universelle ?

Président – Ne t’embarrasse pas trop de cette amitié.

François – Tu manques de mesure.

Président – C’est que je sens que tu n’es pas sincère.

François – Ta paranoïa t’égare. Mais enfin ! Tu as déjà perdu Amon, tu veux que je sois le suivant ?

Président – Que les bien-pensants me fatiguent !

François – Tes jours sont comptés. Si tu ne choisis pas d’ouvrir tes frontières, c’est par l’intérieur et par l’extérieur que tu chuteras. Tiens ! ça, ce sont les différents scénarios te concernant sur lesquels mes équipes ont travaillé.
Je te donne 24 heures pour choisir, après quoi je m’exprimerai publiquement sur le sujet.
(…)