LECTURE au Grand Parquet dimanche 5 juin à 17h30 dans le cadre du Festival « Hauts parleurs »

Restitution de l’auto-résidence à Calais et Grande Synthe de La Brigade d’auteures, un collectif  ouvert au service des nouveaux arrivants et des citoyens mobilisés.

Le site Web

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Je ne veux pas d’une Europe funeste.

Je ne veux plus voir les citoyens s’épuiser à la tâche du fait de gouvernements inconséquents.

Je ne veux plus perdre de temps.

Je veux des frontières ouvertes et je veux que mon pays apprenne à recevoir ces femmes, ces enfants et ces hommes qui viendront dorénavant chaque jour plus nombreux.

Je ne peux plus rester muette face au pourrissement de la situation.

En attendant, je peux partager mon repas, ma salle de bain, proposer un lit, du temps, des jeux, des chants.

Je peux ainsi m’émerveiller d’être ensemble, d’entendre nos différences.

Je peux prendre le temps d’être accueillie par ceux, en exil, qui échouent chez nous.

Je peux sentir les passages, les échecs, les larmes, l’espoir, l’obstination tendue vers un ailleurs. Nos soucis citoyens à l’égard de nos gouvernements ne sont évidemment pas un sujet pour eux.

Je peux aller à la rencontre sur les camps et me retrouver en voyage, au Kurdistan précisément, accueillie par ceux-là même qui s’exilent ici.

Oui ! Sur un campement, je peux être accueillie chez ceux qui ne sont pas d’ici – malvenus – et qui ont cette ressource immense de m’accueillir encore.

Je peux demander aux nouveaux arrivants ce qui leur plait en France et c’est les villes, propres et belles, les parcs luxuriants, les plages et les filles d’ici, si grandes et ouvertes aux autres.

Je pourrais m’échouer avec eux par solidarité, par impuissance face aux politiques.

Mais je préfère me hisser et comme eux, me tenir debout, confiante dans ma capacité d’embrasser l’urgence. La nécessité.

Je peux marcher sur le campement sud de Calais et éprouver la nausée en arpentant la terre rasée. Plus rien que ces restes d’histoires arrachées au sol ; petits objets plantés dans le sable à chaque endroit. Mon plexus sort devant, lourd, arraché.

Et je pourrais vomir en mettant les pieds sur ce sol sinistré. Je marche sur le désastre à cet instant précis : l’échec de l’humain ; eux et nous.

Je peux constater l’échec en dépit des milliers de volontés fortes et radieuses ; de leur côté comme du nôtre.

Je peux m’arrêter, respirer, être calme… au moins un instant. Tourner cet état vers la liberté ; mon désir de liberté pour eux, pour ne pas entraver leurs innombrables chemins.

Je peux voir la beauté dans la catastrophe.

Je peux ouvrir les bras, crier aux falaises d’en face, à la mer, prendre la force du vent, me mêler à tout pour favoriser la traversée des corps.

Je peux organiser un pont humain entre Calais et Douvres constitué de bateaux arrimés bout à bout.

Je peux détourner un ferry, y faire monter le monde. Rendre la vie à la vie.

Je peux mettre au point une capsule sous-marine mono-place qui pourrait se ventouser à la coque des bateaux qui partent pour l’Angleterre.

Je peux crier sur la grève, dans la nuit ou les institutions ; partout crier mon refus.

Je peux avoir peur d’être étrangère dans mon propre pays… moralement parlant.

Je peux écrire contre la France qui glisse, contre la France qui demande un passeport pour accéder à la piscine, à l’hôtel, à la médiathèque ; et écrire encore contre celles et ceux qui ne désobéissent pas aux directives.

Je peux voir les nœuds putrides dans l’esprit de certain.

Je peux voir la peur chez l’autre qui n’est autre qu’une fiction dont il se comble pour se sentir vivant.

« SDF go home ! », «  Oui ! Oui ! Oui ! A l’islamophobie ! », «  TF1 sur toutes les chânes ! », « More borders ! », « Moins de protection et plus de répression ! », « Eteignez les lumières », « Touche pas à mes frontières ! », « Haïe ton prochain comme toi même », « Xénophobie, debout ! » « Humaniste, t’es foutu, les fachos sont dans la rue », … Je peux inverser les slogans pour révéler notre chute.

Je peux travailler sur la colère, tenter de ne pas la laisser pénétrer, ne plus la ressentir et cependant agir.

Je peux exiger de l’Europe une véritable politique de développement à l’endroit de ces pays dit « pauvres ».

Je peux organiser une grève générale des impôts tans que mon pays ne cesse de placer ses armes ailleurs, alors qu’il n’est pas attaqué.

Je peux appeler à la grève générale des loyers tant que nos villes ne mettent à disposition des bénévoles et des nouveaux arrivants les locaux vacants dont elles disposent.

Je peux demander à mon armée de lever à Paris un camp à la hauteur de celui de Grande Synthe. Un campement digne pour eux et pour nous.

Je peux fondre le eux dans le nous.

Aussi, je peux m’étonner moi-même et me déplacer.

Je peux me ressaisir d’une forme de fierté et ne plus la laisser rancir dans la bouche des autres, ceux de l’autoproclamée « France apaisée » afin de déclarer :

Je suis française !… Je suis française !

Auto-résidence à Calais avec la Brigade

… un collectif  ouvert au service des nouveaux arrivants et des citoyens mobilisés.

Le site Web

LECTURE au Grand Parquet dimanche 5 juin à 17h30 dans le cadre du Festival « Hauts parleurs »

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Je ne veux pas d’une Europe funeste.

Je ne veux plus voir les citoyens s’épuiser à la tâche du fait de gouvernements inconséquents.

Je ne veux plus perdre de temps.

Je veux des frontières ouvertes et je veux que mon pays apprenne à recevoir ces femmes, ces enfants et ces hommes qui viendront dorénavant chaque jour plus nombreux.

Je ne peux plus rester muette face au pourrissement de la situation.

En attendant, je peux partager mon repas, ma salle de bain, proposer un lit, du temps, des jeux, des chants.

Je peux ainsi m’émerveiller d’être ensemble, d’entendre nos différences.

Je peux prendre le temps d’être accueillie par ceux, en exil, qui échouent chez nous.

Je peux sentir les passages, les échecs, les larmes, l’espoir, l’obstination tendue vers un ailleurs. Nos soucis citoyens à l’égard de nos gouvernements ne sont évidemment pas un sujet pour eux.

Je peux aller à la rencontre sur les camps et me retrouver en voyage, au Kurdistan précisément, accueillie par ceux-là même qui s’exilent ici.

Oui ! Sur un campement, je peux être accueillie chez ceux qui ne sont pas d’ici – malvenus – et qui ont cette ressource immense de m’accueillir encore.

Je peux demander aux nouveaux arrivants ce qui leur plait en France et c’est les villes, propres et belles, les parcs luxuriants, les plages et les filles d’ici, si grandes et ouvertes aux autres.

Je pourrais m’échouer avec eux par solidarité, par impuissance face aux politiques.

Mais je préfère me hisser et comme eux, me tenir debout, confiante dans ma capacité d’embrasser l’urgence. La nécessité.

Je peux marcher sur le campement sud de Calais et éprouver la nausée en arpentant la terre rasée. Plus rien que ces restes d’histoires arrachées au sol ; petits objets plantés dans le sable à chaque endroit. Mon plexus sort devant, lourd, arraché.

Et je pourrais vomir en mettant les pieds sur ce sol sinistré. Je marche sur le désastre à cet instant précis : l’échec de l’humain ; eux et nous.

Je peux constater l’échec en dépit des milliers de volontés fortes et radieuses ; de leur côté comme du nôtre.

Je peux m’arrêter, respirer, être calme… au moins un instant. Tourner cet état vers la liberté ; mon désir de liberté pour eux, pour ne pas entraver leurs innombrables chemins.

Je peux voir la beauté dans la catastrophe.

Je peux ouvrir les bras, crier aux falaises d’en face, à la mer, prendre la force du vent, me mêler à tout pour favoriser la traversée des corps.

Je peux organiser un pont humain entre Calais et Douvres constitué de bateaux arrimés bout à bout.

Je peux détourner un ferry, y faire monter le monde. Rendre la vie à la vie.

Je peux mettre au point une capsule sous-marine mono-place qui pourrait se ventouser à la coque des bateaux qui partent pour l’Angleterre.

Je peux crier sur la grève, dans la nuit ou les institutions ; partout crier mon refus.

Je peux avoir peur d’être étrangère dans mon propre pays… moralement parlant.

Je peux écrire contre la France qui glisse, contre la France qui demande un passeport pour accéder à la piscine, à l’hôtel, à la médiathèque ; et écrire encore contre celles et ceux qui ne désobéissent pas aux directives.

Je peux voir les nœuds putrides dans l’esprit de certain.

Je peux voir la peur chez l’autre qui n’est autre qu’une fiction dont il se comble pour se sentir vivant.

« SDF go home ! », «  Oui ! Oui ! Oui ! A l’islamophobie ! », «  TF1 sur toutes les châines ! », « More borders ! », « Moins de protection et plus de répression ! », « Eteignez les lumières », « Touche pas à mes frontières ! », « Haïe ton prochain comme toi même », « Xénophobie, debout ! » « Humaniste, t’es foutu, les fachos sont dans la rue », … Je peux inverser les slogans pour réveler notre chute.

Je peux travailler sur la colère, tenter de ne pas la laisser pénétrer, ne plus la ressentir et cependant agir.

Je peux exiger de l’Europe une véritable politique de développement à l’endroit de ces pays dit « pauvres ».

Je peux organiser une grève générale des impôts tans que mon pays ne cesse de placer ses armes ailleurs, alors qu’il n’est pas attaqué.

Je peux appeler à la grève générale des loyers tant que nos villes ne mettent à disposition des bénévoles et des nouveaux arrivants les locaux vacants dont elles disposent.

Je peux demander à mon armée de lever à Paris un camp à la hauteur de celui de Grande Synthe. Un campement digne pour eux et pour nous.

Je peux fondre le eux dans le nous.

Aussi, je peux m’étonner moi-même et me déplacer.

Je peux me ressaisir d’une forme de FIERTE et ne plus LA laisser rancir dans la bouche des autres, ceux de l’autoproclamée « France apaisée » afin de déclarer :

Je suis française !… Je suis française !

REFU(S)GE Lecture aux Métallos le 25 mai à 17h30

 et à Radio Libertaire le 28 mai à 13h30

Une pièce sur l’accueil réservé aux nouveaux arrivants.

Sous forme de scénario, des séquences rythmées transposent l’actualité politique à l’égard des migrants. Safia, une journaliste brillante, décide d’agir en faveur des « sans papiers » en désobéissant aux règles d’État pour suivre une loi plus impérieuse à son sens, celle de son propre humanisme, de sa responsabilité individuelle.

Contact:laboiteblanche@yahoo.fr

ofra

Il s‘avère que ce texte, publié en 2013 et pensé initialement pour les élections 2017 dans un esprit d’anticipation, s‘avère rattrapé par l’actualité de façon plus que troublante.

Autour du projet :  Françoise Cousin, Michel Cochet, Frédéric Fisbach, Amine Adjina, Philippe Lemoine, Pénélope Perdereau, Adeline Piketty, Xavier Béja, Moustapha Mboup, Elios Noel, Marie Coustaury, Jean-Baptiste Bequin, Clothilde Moynot, Nicolas Lambert,  Maëlle Bertrand, Fred Fashena et Dieudonné Niangouna.

REFU(S)GE est le prochain projet de la Cie La Boite Blanche, soutenu par « A mots découverts » et déjà mis en chantier de co-création avec les amateurs du Collectif 12 depuis septembre 2015.

Nous avons débuté la forme « lecture » cet automne avec des comédiens professionnels à la SACD, au Collectif 12 (Fabrique du Possible) Au Lavoir Moderne, à Radio Campus « Pièces détachées » (28 mars) et aux Métallos le 25 mai 2016.
  • Intégrale du texte paru aux éditions Xérographes (épuisé) à télécharger ici : REFUSGE- 16
  • Captation de la lecture publique de REFU(S)GE aux Métallos le 25 mai

 – La brigade d’auteures : un collectif au service des nouveaux arrivants

 

 

Monsieur Cloche > 29 et 30 mars

Festival Les Francos au Collectif 12

3u

Réservations :  +33 1 30 33 22 65  contact@collectif12.org

ou Diffusion compagnie: Gabriel 06 38 66 46 78

Monsieur Cloche – Feuille de Route

Séances : Mercredi 30 mars à 15h
Mardi 29 mars à 10h et 14h pour les scolaires.

Tarif : 3 et 6 euros / Durée : 55 minutes / Dès 5 ans.

Acces / 174 Boulevard du Maréchal Juin, 78200 Mantes-la-Jolie

Dossier artistique à télécharger : M.CLOCHE

Revue de presse Monsieur Cloche

Monsieur Cloche, est le dernier spectacle de La Cie Boîte Blanche.Il a été crée et programmé du 3 au 15  février 2015 au Théâtre Antoine Vitez à Ivry.

Dans cette pièce, à la façon du Petit Prince de Saint-Exupéry, une femme rencontre un être à part, jusqu’alors invisible. Leur dialogue nous invite à la découverte de son monde, celui de la rue, entre bascule mentale et onirisme.

 

La Fabrique du possible au Collectif 12

le 9 décembre à 19h

Lecture accélérée, improvisations et débats autour de REFU(S)GE

texte de la pièce => REFUSGE-janvier 16

La Fabrique du possible est une soirée participative, ouverte au plus grand nombre, conçue en collaboration avec une compagnie en résidence au Collectif 12.

Cette dernière Fabrique du Possible de l’année commencera par une présentation du travail qu’ont mené les comédiens de l’atelier amateur du collectif 12 avec l’auteure et metteure en scène Marina Damestoy, à partir de son nouveau projet théâtral : refu(s)ge

Elle se poursuivra par un dialogue avec Deo Mamunjimbo, journaliste et réfugié politique, actuellement rédacteur en chef de Singa, association qui a pour vocation d’accompagner les réfugiés dans leur intégration socio-économique en apportant des solutions innovantes et en favorisant les échanges et la coopération avec la société d’accueil.

Singa est notamment à l’origine du projet CALM (« Comme à la maison »), un réseau d’hébergement de réfugiés chez l’habitant surnommé par la presse d’« Airbnb » des réfugiés, développé grâce à un financement participatif CALM compte plus de 12 000 propositions d’hébergement en France deux mois après son lancement

Afin de faire de cette soirée un événement convivial, sur le principe de l’auberge espagnole, nous partagerons ce que chacun aura apporté en nourriture et/ou en boisson.

 

FABRIQUE DU POSSIBLE MARINA - Affiche A3-3

MAYDAY

(…)
– Médée. Je suis intarissable, flot utérin de l’univers, je porte notre monde… la chair du futur, c’est moi. J’enfante la vengeance par milliers et si tu m’as déçu, tu ne me muselleras pas… Pas assommable la Médée, pas de morts suffisantes, pas d’enfants qui comptent, pas d’amour pour les traîtres, plus d’amour par vos fautes.
La Médée est aujourd’hui le ventre d’un tout autre pouvoir.

– Pythie. Et si elle parle depuis cinquante ans au lieu de mourir… à la barre un peu de compassion au mieux… de la condescendance/cache sexe/indifférence, tu me gênes ! Kas ! Kas ! Kas !

– Enfants-cœur. Je ne trouve pas la parole, j’agis. Je sors dans la rue vêtu de dynamite. Maman, je ne comprends pas, tu dis barrer irrémédiablement l’injustice en commentant l’irréparable. Maman, tu te dévores toi-même en égorgeant ta chair ?

– Pythie. Tes enfants sont d’autres « Jasons ». Tes enfants sont des barbares aux yeux des femmes, pousses de ta perversion, ils sont tes outils politiques, cherchant leur placement au Palais. Question de stratégie, question de rapidité.
Contre-ordre.
Tes enfants sont autres, Jason. Tes enfants sont des barbares aux yeux de femmes. Pousses de sa perversion, elle cassera le palais par leurs êtres. Le destin se scelle pour le pire et le pire continu à advenir.

Médée, ma mère Machrek, l’Orient, le sang-fouet, baisée Médée.

Créon-holding-USA qui ont le droit pour eux, alors, tu prends les devant, ils n’ont pas de remords. Regardes-moi Jason le démocrate, Jason l’opportuniste, qu’inventes-tu qui ne soit déjà fait ? Et nous, acculé à cette logique, soumis à ce vocabulaire qui n’est pas le notre, notre imagination serait telle que nous y puiserions une issue autre que l’abîme ?

– Médée. Rien ne pourrait hurler assez fort ton crime Jason, politique que tu es… Et bien sûr ta civilisation cautionne. Ne dois-je pas la jeter au feu ? – Figure du juste – Contrainte par l’urgence, faillite par le deuil. Mon époux en épouse une autre… et pourquoi ? L’aime-t-il ? M’a-t-il aimé ? Aime-t-il a ce point servir ses intérêts ? Je reprends là le pourvoir et c’est à coup de bouts de rien que je te t’empêcherait à jamais d’être heureux.
Chair de ta chair en pierres lancées à toi, ensanglantées.

S’en remettre au soleil .

– Enfants-cœur.

– Médée. Fille de roi. Vous négligez ma fierté. Ma Colchide des hommes salops.
Si j’avais une terre, elle s’appelle Palestine. Palestine la barbare qu’on enseveli jamais, à moins, …oui ! …
À moins d’un génocide, d’une solution finale pour mettre un terme au chaos.
Répétez ! Répétez ! Répétez !…
Dieu m’aidera à prendre en vol la queue du dragon. Vous savez qui est mon Dieu ?

Extrait de MAY DAY in AMO aux éditions Xérographes /

FAIRE CORPS sur REMUE.NET

« Pionniers de la douceur, nous chercherons à notre échelle la possibilité de faire corps » Marina Damestoy est en résidence au Théâtre d’Ivry-sur-Seine, elle y entreprend/écrit/part-age un projet intitulé « Faire corps », qu’elle définit comme une  » sculpture sociale progressive. » Entretien par Guénaël Boutouillet sur http://remue.net/spip.php?article7846

Trois questions à Marina Damestoy

En quoi consiste votre résidence d’écriture intitulée « Faire corps » ?À l’origine, il y a une première expérience : celle de jouer dans l’espace public mon texte d’À la rue, O-Bloque, l’histoire d’une jeune femme qui devient SDF. En promenant ce personnage durant un an et demi dans les rues, nous allions à la rencontre du public le plus large, de façon discrète et non théâtrale. Une forme de « théâtre invisible » qui se laisse traverser par les passants. Ils en deviennent acteurs à parts entière en rajoutant du réel dans l’histoire du personnage. J’appelle ça la version « tout terrain » d’A la rue, O Bloque. Nous avons eu ma comédienne et moi, la surprise de glaner de nombreux récits en réaction à la vie précaire du personnage. La parole était incroyablement libérée, il y avait une volonté de la part des habitants de se saisir de cette opportunité. Nous avons compris que nous étions en train d’opérer une véritable collecte et que le sentiment de précarité touchait en réalité le plus grand nombre. Chacun a une expérience à apporter, une confidence à partager, un témoignage, une réflexion de fond, une sensation profonde à l’égard de ce sentiment de précarité et étonnamment, souhaite en parler, en débattre.
À partir de ce travail de terrain, j’ai voulu prolonger ces échanges sans dispositif théâtral ; seule en tant qu’auteure, à la rencontre des autres. Grâce au programme régional des résidences d’écrivains en Ile-de-France, j’ai pu transformer le territoire d’Ivry en laboratoire d’écriture. Métamorphosée en auteure « électron libre », avec pour seuls cadres les limites d’une ville et l’intuition que la question de la précarité est une clef si l’on cherche ce qui nous fait tenir ensemble… je suis à même de faire écho aux rencontres. Et la somme des témoignages ainsi collectés librement durant presque une année nous amènera à FAIRE CORPS, au pied de la lettre.
FAIRE CORPS est un processus de travail qui s’opère en plusieurs étapes :
Glaner des témoignages sur la notion de précarité auprès des habitants de la ville d’Ivry.
Restituer cette parole aux participants afin qu’ils puissent la reprendre par écrit.
Solitairement, mener une réflexion qui me permette d’aboutir à une synthèse de la somme collectée.
Réunir les participants pour provoquer un groupe et élaborer ensemble une action concrète collective à partir de ce qui aura été restitué puis échangé.
Inventer un outil témoin : livre, journal, œuvre scénique.
Si on me demandait d’envisager la nature artistique du projet FAIRE CORPS, je le qualifierais de sculpture sociale progressive.

Un projet d’immersion urbaine de cette sorte dépend aussi de ce qu’on trouve sur le chemin – comment les choses se déroulent-elles, se sont-elles déroulées, depuis le lancement de la résidence proprement dite ?

Les habitants sont la matière première de FAIRE CORPS, ma base d’observation de la société française selon deux prismes : un territoire, celui d’une ville humaniste et dynamique et la question de la précarité dans sa plus large occurrence : psychologique, matérielle, physique, affective, sociale, etc.
Je rentre en dialogue avec les habitants d’Ivry là où ils se trouvent. Je prends soins de glaner la parole de personnalités aux profils variés : enfants, adultes, retraités, actifs ou non, d’ici, de passage, immigrés, en règle ou pas. Je provoque une grande diversité de situations pour procéder à la collecte. Je cherche des rencontres immédiates et aléatoires dans toutes sortes d’endroits : lieux privés, squats, associations, commerces, transports en commun, centres municipaux, espaces publics, etc. Je prends également des rendez-vous, favorise les rencontres par capillarité et suis sensible au bouche à oreille.
Les entretiens sont principalement captés avec un enregistreur numérique. Ils durent en moyenne une heure et demie. Chaque participant reçoit d’une façon ou d’une autre la retranscription littéraire de son texte afin de pouvoir l’amender et garder une première trace de ce moment partagé. À ce stade, certains sont bouleversés de lire ce qui leur est tendu et s’autorisent aujourd’hui à prendre la plume pour continuer le récit de leurs vies. Ce mouvement de « navette » entre l’interviewé et moi, nous permet d’aboutir à une réécriture commune et à ancrer le fait que cette étape participe à un processus littéraire plus large, à l’échelle de la ville.
Je travaille ensuite sur ces textes dans une solitude nécessaire à la qualité littéraire et à l’émergence d’une trame à exhumer de la somme. En tant qu’artiste, je cherche à travers la diversité de ces témoignages, un fil conducteur, qui permette d’imaginer un outil, une piste pour opérer une rupture avec une situation que j’estime délétère. J’observe ce qui se dessine à travers ces textes, le partage d’un sentiment prégnant en lien à la précarité, afin de mettre en valeur nos points communs, ce qui nous rassemble dans nos individualités et nos expériences bien distinctes.
Le pari littéraire est de faire émerger, à partir de cette expérience de terrain, une forme de Parlement populaire où l’on traite les doléances, certes, où l’on parle de nos peurs, notre détresse, nos espoirs, mais pour en faire un moment de partage et de co-création de communauté de pensée en vue d’imaginer ou de renouveler les champs de l’action collective.
Il y aura donc également un temps consacré à la restitution de cette recherche afin de débattre avec les interviewés et leurs cercles dans des lieux autres que ceux qui sont habituellement destinés à la culture : maison de retraite, foyer, locaux associatifs, lCE, squats, réunion en appartement, etc. Il y aura aussi la volonté de provoquer une communauté du fait même de notre réunion. De mettre en évidence que notre groupe est à même d’imaginer sur place une geste collectif, une action « directe » à provoquer de concert, à l’issue de notre rencontre.
Enfin, en partant de cette base de données collectives sur le thème de la précarité, ses problématiques et ses effets critiques, j’imagine plus loin un journal-outil et/ou une conception scénique, porteurs de connaissances, qui exposent la parole singulière et y indiquent la possibilité du collectif. Cet outil-témoin fera échos à l’expérience vécue tout au long du processus FAIRE CORPS.

En quoi un projet de cette sorte, aussi ardu, couteux, engageant puisse-t-il être, vous apporte-t-il en tant qu’artiste ? Par exemple ?

J’évoquais plus haut la notion de sculpture sociale… je pourrais aussi remettre en jeu le terme d’Artivisme que j’ai développé en 2007 à l’occasion d’une invitation au débat Modernité ON/OFF au Théâtre du Rond-Point. En réalité, cette expérience me permet de tenter une synthèse du travail effectué ces dix dernières années, aussi bien en tant qu’initiatrice des mouvements sociaux Génération précaire (droits des stagiaires) Jeudi noir (droit au logement) et j’en passe… que comme auteure et metteuse en scène d’A la rue, O-Bloque en version « tout terrain ». FAIRE CORPS est aux croisements de cela… un champ par ailleurs complètement impensé en matière d’histoire de l’art contemporain, me semble-t-il.

De surcroit, en m’extirpant du temps dévorant de la pure militance ou de la production d’un spectacle, FAIRE CORPS me permet de mener une réflexion singulière et intime à mon rythme. En partant de la rencontre mutuelle et du partage du geste littéraire avec des personnes qui en sont souvent écartées, je désire prendre le temps. Le temps de mettre l’artistique et la militance au service de la rencontre et des idées. Le temps de réfléchir à la possibilité d’une démocratie participative, tant appelée de nos vœux, redonnant l’envie et le plaisir d’être ensemble pour penser et construire des perspectives concrètes.
Pionniers de la douceur, nous chercherons à notre échelle la possibilité de faire corps et de révéler une communauté déjà présente (c’est une intuition) mais qui s’ignore encore… Retrouver la dignité, la fierté d’être entendu et la volonté d’agir, ce sont là les leviers d’actions que s’accapare le populisme. Se réapproprier cela, c’est dégager la capacité positive de se ressaisir de l’esprit collectif et rassembler nos vies pour “reprendre la main”… ce que l’on expérimentera, je l’espère, au terme du processus FAIRE CORPS.

Marina Damestoy

Site web de l’auteur : http://marinadamestoy.com

Lien video pour A la rue, O Bloque :
https://vimeo.com/user11540808/videos

A la rue, O Bloque a paru dans A.M.O aux Xérographes éditions : http://xerographes.free.fr/librairie.php