Catégorie: Poésie

REFU(S)GE 2 extraits

Lire l’intégral de la pièce => REFUSGE-janvier 16

///////////// Réunion de travail

(…)
Narratrice – Session de travail au château de Rambouillet.

Guillaume – Voici l’ordre du jour, avec son lot de nouvelles déplaisantes. Nous redoutons une crise imminente sur deux fronts, rien que ça… Suite au tremblement de terre qui a provoqué la destruction des bidonvilles et enclenché des émeutes, les campements humanitaires sont saturés. Les populations sont donc en train de traverser la Méditerranée par tous les moyens. Nous avons trois rapports de l’ONU nous interpellant sur notre politique d’accueil. Selon eux, il nous faudrait organiser la réception d’un quart des deux millions de réfugiés climatiques sur les cinq mois à venir. Suite à votre conversation de lundi, le secrétaire général de l’ONU, a tenté de nouveau de vous joindre ce matin. À l’intérieur, on a un souci du côté du patronat.
(…)
///////////// Scène du restaurant
Narratrice – François Huysmans, secrétaire général de l’ONU est au restaurant avec le président.

Président – Mon cher ami, ça me fait tellement plaisir de te retrouver ici! Voilà un moment que nous n’avons goûté la joie d’être tous les deux tranquilles.

François – Hé ! Hé ! Je ne te le fais pas dire mon vieux !

Président – Quarante ans ! Quarante ans depuis le collège.

François – Dès le début, les « twins-eyes », un seul regard voyait pour deux. C’est ça qui nous fait vibrer, non ?

Président – C’est vrai, malgré – grâce même – à la polémique, nous avancions toujours d’un seul pas, de l’internat jusqu’à la politique, moi à la tête d’une nation et toi à la tête des Nations unies. De quoi être fiers. Mais que t’arrive-t-il ?

François – Ton conseiller favori est boiteux. Président – Une entorse ?

Président – Une entorse ?

François – Oui ! Et je commence à l’aimer, car elle me fait ravaler mon orgueil. Elle me rappelle chaque jour que pour marcher, l’impotent que je suis a besoin de soutien.

Président – Pas besoin d’entorse pour cela. Regarde comment je suis depuis toujours tes précieux conseils… Que serai-je devenu sans ton soutien ?

François – Tu ne serais pas à la tête de ce pays.

Rires

Président – Rassure-moi, tu ne vas pas gâcher ce repas en m’en remettant une couche sur les réfugiés ? Une autre bouteille de Dom Pérignon, s’il vous plait.

François – Non, non. C’est un peu plus global que ça. Tu réalises que tu traverses un moment critique.

Président – Comment cela ? Tu me fais peur là.

François – écoute-moi. En choisissant de tenir à l’écart les migrants, tu as juste affirmé la volonté de tes citoyens de ne pas rajouter le poids des pauvres venus d’ailleurs sur la société d’ici. Et c’est bien normal. Mais nous sommes face à un problème sans précédent et il est exponentiel. Il faut repenser toute ta politique.

Président – Tu plaisantes ?

François – Non ! ça fait une semaine que je tente de te le dire. Et j’ai une solution toute simple pour bouger les lignes et les faire comprendre à la population.

Président – Mais je tiens à ma politique. Si le pays expulse, c’est aussi pour mieux protéger les ressortissants venus de l’étranger. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés lorsque nous voyons des mineurs contraints de se prostituer, lorsque des enfants sont obligés de voler dans les rues, des bébés utilisés comme prétexte à la mendicité… C’est un grave problème, d’un point de vue humain bien sûr, mais aussi d’ordre public.

François – Je sais, je sais. Mais là n’est plus le problème, parce qu’il y a tous les autres. Mon ami, veux-tu que je te dise ce que je vois ? En militarisant les frontières et en persistant à laisser le pays sous cloche, tu suscites la grogne à l’international. Le Comité pour l’élimination des discriminations raciales est très virulent à l’égard de Paris. Tu as déjà trois rapports de l’ONU sur le dos où l’on te reproche de te soustraire à tes obligations conventionnelles à l’échelle européenne.

Président – J’emmerde l’ONU.

François – Je t’en prie, il faut que tu m’entendes. L’ONU ne fait que proclamer ce que trop de pays n’ont plus le courage ou l’obstination de te répéter. Sur le plan international, tu ne vas pas pouvoir tenir. Le thème de l’immigration, s’il était encore porteur avant la catastrophe en Méditerranée, devient très délicat à manier aujourd’hui. À l’échelle européenne, malgré la bonne progression des partis de droite, chaque nation prend en charge sa part de réfugiés. Il n’y a que toi qui bloques et ce n’est pas tenable pour les autres. Il y a un risque de polarisation politique, économique et idéologique à l’égard du pays et ce risque est imminent, crois-moi. Tout cela va rapidement isoler la France et tu ne peux pas te permettre ce luxe.

Président – Tu penses bien que je ne peux pas ajouter ces réfugiés aux « sans-papiers » déjà présents. Je ne prendrai pas le risque de solder notre identité nationale, on ne me le pardonnerait pas.

François – Mais ça ne tient plus ça ! Face aux deux millions de personnes qu’il faudra bien que tu accueilles ! C’est dans la question du « Comment s’organiser à temps » que se situe le vrai enjeu. S’il te plaît. Il existe une parade toute simple que les gens peuvent entendre. écoute l’idée : Safia nous a provoqués, mais elle a eu le mérite de susciter un débat public sur l’immigration et l’ouverture aux autres en amont des grands bouleversements climatiques pronostiqués. À partir de ça, tu peux rebondir – laisse-moi parler – et comme la crise migratoire est commune à chaque pays européen, il y a une leçon à tirer de ces dernières semaines. Au lieu de résister, tu incorpores le discours de Safia. Plus d’affrontement, tu comprends ?

Président – Non !

François – Tu la prends à tes côtés. Toi, le défenseur de la raison d’état, tu choisis de renouer avec la protection de la dignité humaine.

Président – Ta proposition est inadmissible. N’importe lequel de mes citoyens perçoit au fond de lui l’immigration comme une menace pour son bien-être.

François – N’essaye pas de me faire croire que tu ne sais pas passer au-dessus de l’opinion publique. Et puis les sondages sont moins nets ces derniers temps.

Silence

François – Cette fille et toi, vous vous êtes engouffrés dans une confrontation insensée qui oppose la raison d’état aux pulsions de la conscience privée. Bon Dieu, vous avez raison tous les deux ! Au lieu de vous détruire en entrainant fatalement tout avec vous, unissez-vous ! Voilà une belle sortie de crise !

Président – Mais enfin, j’incarne celui qui montre les dents face à l’immigration. Comment peux tu cr…

François – Mais je sais bien, crois-moi. Tout ce que je te dis va dans le sens de tes intérêts. Désormais c’est à toi d’agir. Je ne peux plus rien pour toi – ça ne passe plus – ni à l’ONU, ni avec les chefs d’état. Rien ne t’est favorable.

Président – Je m’en fous. Comment peux-tu me donner des conseils aussi stupides ?

François – Regarde les remous à l’intérieur. L’armée a bouclé les frontières, mais des extrémistes pénètrent dans les camps italiens et espagnols pour malmener ceux qui ont déjà tout perdu. Tu réprimes durement les manifestations et ça réveille l’activisme et la colère. Ne sois pas si opiniâtre, il est encore temps de réparer le mal.

Président – Réparer le mal ! Qu’est-ce que tu peux débiter comme conneries.

François – Mon ami serait donc le président qui aura inculqué à ses concitoyens la dérision de la fraternité universelle ?

Président – Ne t’embarrasse pas trop de cette amitié.

François – Tu manques de mesure.

Président – C’est que je sens que tu n’es pas sincère.

François – Ta paranoïa t’égare. Mais enfin ! Tu as déjà perdu Amon, tu veux que je sois le suivant ?

Président – Que les bien-pensants me fatiguent !

François – Tes jours sont comptés. Si tu ne choisis pas d’ouvrir tes frontières, c’est par l’intérieur et par l’extérieur que tu chuteras. Tiens ! ça, ce sont les différents scénarios te concernant sur lesquels mes équipes ont travaillé.
Je te donne 24 heures pour choisir, après quoi je m’exprimerai publiquement sur le sujet.
(…)

 

REFU(S)GE … suite

Avoir Cassandre sous la peau, dans ces chemins de veines qui délient l’encre… je ne le souhaite à personne, surtout pas à moi et pourtant m’interroge, le redoute. Et pour cause… ma dernière pièce, tout juste rebaptisée REFU(S)GE se concentre sur la question de l’arrivée massive de réfugiés clandestins en Europe.

Par volonté littéraire j’avais choisit une légère anticipation en situant les faits après les élections de 2017… l’actualité déborderait-elle aujourd’hui la fiction ?

Extrait de la fin de la pièce :

Narratrice – Le chef de l’armée est reçu à Matignon.

Général – Messieurs les ministres, les frontières s’ouvrent et les camps sont déployés.

Premier Ministre – Félicitations mon général.

Général – Il ne faut pas se féliciter trop vite. Nos forces sont à peine suffisantes face à la masse humaine agglomérée à nos portes. Et on peut déplorer l’attitude de certains citoyens qui ne comprennent par ce revirement politique. On a déjà trois morts sur les bras.

Texte publié dans AMO aux éditions Xerographes

REFU(S)GE

Appel :
La majorité au pouvoir ne respecte pas les droits fondamentaux de l’Homme et de l’Enfant. On nous intimide par des images, des mots, si ce n’est des coups de matraque. Les « sans-papiers » sont aujourd’hui traqués dans nos rues, dans leurs maisons, dans nos institutions. Ils sont arrêtés puis parqués, tels des criminels, dans des centres de rétention ou des zones d’attente temporaire. Ils sont expulsés de façon expéditive, parfois vers des pays en guerre, sans avoir eu la possibilité d’un recours face à une justice digne de ce nom. Tout cela pour le compte d’une politique électoraliste du chiffre.
Chiffre, voilà le mot-clef, car ces gens sont pourtant utiles à notre système économique. La politique actuelle s’appuie sur une logique économique ancestrale d’exploitation de l’homme par l’homme. Le but est de maintenir dans la peur et la servilité une main-d’œuvre irrégulière à bas coût, indispensable au maintien des bénéfices des secteurs qu’on ne saurait délocaliser. Il est temps que les mots LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE ne soient plus des reliques sur lesquelles glisse une réalité sans scrupule. Il est temps de braver le délit de solidarité par des actes de résistance. Nous allons désobéir en aidant ces individus à se cacher, nous allons les loger chez nous ou bâtir ensemble des refuges discrets dans les cours, sur les toits, dans les locaux disponibles. Nous allons les aider à rester ici. À cette adresse, vous trouverez un guide pour auto-construire ces abris : http://www.pied-a-terre.rg. ça commence maintenant !

Extrait de Refus(ge) / pièce d’anticipation, mais à peine …
In A.M.O aux Editions Xérographes 2014
https://marinadamestoy.com/livres/ethiopie (564)

Atelier nomade à Pajol

Jeudi 4 juin, après la Gare du Nord et le campement de La Chapelle en mai, 7 auteures sur l’esplanade Nathalie Sarraute, rue Pajol.

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(…) « La chasse aux ‘‘sans-papiers’’, la chasse aux enfants, sans parents parce que sortis, déboutés. La chasse aux papiers quand les passeurs sont censés sans cesse faire du bénéfice. Tu es mon frère, moi aussi je passe, sensible aux gains, le tien, sont sans cible de la victime qui tombe, encore. Une fois de plus le nouvel arrivant, une fois de plus celui qui est parti, les derniers aventuriers. Leurs banquises tanguent, les esquifs insuffisants, leurs campements de plastique, à la renverse probable, les naufragés. Pas d’appui sur l’humain, pas d’appui sur l’État et la France. France. Traqués, mais employés tout de même, délocalisés sur place. L’économie tournerait-elle aussi avec tous ses papiers ? Les figures anonymes, chassées, empilées dans l’épreuve, balayées et pourtant. Et pourtant j’en connais et pourtant sans relâche le départ, sans appui, le recul, sans personne… s’y pourvoir. J’en connais et ceux qui dirigent, les élus du peuple intéressés aussi, moins directement, mais par voie amicale dans le bâtiment, le tourisme et la restauration. Sur d’autres bateaux ivres, on en parle en vacances. J’en connais et je suis en dehors, improbable. Regard statique porté sur un mouvement, un cortège d’aventures dont je ne suis pas, ne serai jamais en l’Etat. » (…)

FAIRE CORPS !

Dispositif de la Région Île-de-France de « résidence d’écrivain » => décembre 2015
SORTIE
A travers un travail en « électron libre » dans la ville, jusqu’à décembre 2015, je suis l’auteure-glaneuse sur le ‘tout terrain » d’Ivry, dans la rue, dans les murs, privés, public. Je laisser la part belle aux rencontres peu classiques et purement spontanées qui m’amènent, par capillarité, au contact de personnes et de cercles insoupçonnés. Partant du constat que bon nombre de Français se retrouvent isolés, inquiets, mécontents et pour autant mutiques, je rejette le repli sur soi et ambitionne de « faire corps ». A la rencontre des Ivryens là où ils se trouvent, je collecte des paroles sur la précarité dans sa plus large occurrence : psychologique, matérielle, physique, affective, sociale, etc.

Je suis convaincue qu’en donnant la parole à chacun sur notre sentiment de précarité, on peut réinjecter de l’histoire collective, favoriser l’expérience individuelle forte et encourager l’intérêt pour autrui. En tant qu’artiste, je vais chercher à travers la diversité des témoignages collectés, un fil conducteur, qui permette d’imaginer un outil, une piste pour opérer une rupture avec cette situation délétère.

J’observerai ce  qui se dessine à travers ces textes, le partage d’un sentiment prégnant en lien à la précarité, afin de mettre en valeur nos points communs, ce qui nous rassemble dans nos individualités et nos expériences bien distinctes.

Je chercherai  dans ces textes une trame pour créer un axe commun pour FAIRE CORPS !

Le pari littéraire de FAIRE CORPS est de faire émerger, à partir de cette expérience de terrain, une trame, un fil solide, un lien fort, une forme de Parlement populaire… des temps d’Agora. Nous partirons  des textes. On y traitera les doléances, certes, on y parlera de nos peurs, de notre détresse, de nos espoirs, mais pour en faire un moment de communauté de pensée en vue d’imaginer ou de renouveler les champs de l’action collective.

En partant de la rencontre mutuelle et du partage du geste littéraire avec des personnes qui en sont souvent écartées (les entretiens sont ré-écris à 4 mains dan sla mesure du possible), je désire prendre le temps. Le temps de mettre l’artistique et la militance au service de la rencontre et des idées. Le temps d’une démocratie participative, tant appelée de nos vœux, redonnant l’envie et le plaisir d’être ensemble pour penser et construire des perspectives concrètes.

Coin presse :

FAIRE CORPS dans Le Parisien

Monsieur Cloche: 15 et 16 mai -Théâtre de Bligny

3u

Réservations :  01 60 81 90 18 ou bligny@delacite.com

Séances : les 15 mai (14H) et 16 mai (15H)

Tarif : 5 euros / Durée : 55 minutes / Dès 5 ans.

Acces / Théâtre de Bligny :
Centre Hospitalier de Bligny 91640 – Bris-sous-Forges

Dossier artistique à télécharger : M.CLOCHE

Revue de presse Monsieur Cloche

Monsieur Cloche, est le dernier spectacle de La Cie Boîte Blanche.Il a été crée et programmé du 3 au 15  février 2015 au Théâtre Antoine Vitez à Ivry.

Dans cette pièce, à la façon du Petit Prince de Saint-Exupéry, une femme rencontre un être à part, jusqu’alors invisible. Leur dialogue nous invite à la découverte de son monde, celui de la rue, entre bascule mentale et onirisme.

En mars :

 

A la rue O-BloqueA la rue, O-Bloque au Théâtre Antoine Vitez les 13 & 14 mars à 20 H  / Réservations :  01 46 70 21 55 – resa@theatreivryantoinevitez.fr – M° Mairie d’Ivry.

&

Monsieur Cloche au Théâtre L’Autre Rive à Eybens les 17 & 18 mars (Grenoble) / Réservations :  04 76 62 67 47 / 04 76 24 22 32 //  27, rue Victor Hugo 38320 Eybens www.clc-eybens.fr

Séance publique : le 18 mars à 15H – Séances scolaires : les 17 et 18 (plus d’infos : resaspectacle@ville-eybens.fr) Durée : 55 minutes. Dès 5 ans.

Dossier artistique à télécharger : M.CLOCHE

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